Atelier WAPP à Lomé : C’est parti !

L’atelier du West African Power Pool (WAPP) que la Compagnie Energie Electrique du Togo (CEET) accueille à Lomé du 29 au 30 mai 2017 sur la mise en œuvre des solutions pour la réduction des pertes de distribution de l’énergie électrique s’est ouvert ce lundi. Objectif : échanger et mutualiser les expériences, formaliser les discussions, et surtout harmoniser la méthode d’évaluation de calcul de ces pertes pour mieux comparer les performances entre les sociétés d’électricité de la sous-région.

Cette rencontre qui fait suite à une autre précédemment tenue à Abidjan, en Côte d’Ivoire, rassemble des experts de neuf compagnies d’énergie électrique autour d’un sujet d’importance capitale. « La question est tellement préoccupante que la viabilité et l’équilibre de nos sociétés tient à la mise en œuvre réussie d’une politique de lutte contre les pertes non techniques avec sa déclinaison claire à l’attention des acteurs qui œuvrent à sa réussite », a affirmé, d’entrée, Paul Mawusi KAKATSI, Directeur Général de la CEET. « Les pertes non techniques que nous essayons d’expliquer au commun des usagers par un autre terme de pertes commerciales, est cette partie de l’énergie distribuée que nous n’arrivons plus à retrouver comptablement quand nous avons extrait tout ce qui tient aux pertes sur le réseau. Les pertes non techniques, c’est aussi dans notre lexique, la traduction des actes de fraudes et de diverses formes de vandalisme sur notre réseau, nous privant toujours d’arriver à une bonne comptabilité énergétique. Les pertes non techniques ont glissé du paradigme simple de lutte contre les fraudes à celui de la comptabilisation de l’énergie distribuée, élargissant la sphère de recherche sur ses profondes causes. C’est ainsi que les exigences de la disponibilité de l’énergie suivant les contraintes multiples qui sont les nôtres, posent irrémédiablement la question de la comptabilité de l’énergie distribuée et un panel de solutions que vous, experts et spécialistes de la question, parcourez au quotidien, afin de retenir celles qui pourront s’appliquer et constituer désormais un référentiel », a-t-il expliqué.

Ayant collectivement fait le constat qu’une lutte efficace contre les pertes pose la question de partage d’expériences et de collaboration efficace entre sociétés qui officient dans le même métier, les participants à cet atelier conviennent qu’il faut aller vers la mutualisation des efforts.

« Ce qui a changé, c’est le fait que les solutions que nous trouvons, ou que nous découvrons, ne devront plus être du domaine de l’innée et de l’instable, mais s’inscrire résolument dans un référentiel et une méthodologie. Notre capacité à lutter efficacement contre les pertes non techniques dépendra de notre qualité des approches retenues, de l’expérience que chacune de nos sociétés vit aujourd’hui, et de notre capacité commune à transférer ces savoir-faire pour en faire un référentiel », a rappelé le Directeur Général de la CEET. « Nos sociétés n’ont pas pour mission de faire des affaires ou du business. Elles ont pour mission de rester équilibrées, stables, solides et mieux gouvernées. Le sujet dont vous allez débattre durant ces deux jours est celui qui peut mettre à genou n’importe quelle société d’électricité quand elle n’en maîtrise pas les contours et ne trouve pas les bonnes réponses dans sa maîtrise », a-t-il ajouté.

Au Togo, depuis les années 90, un projet dénommé SAFEGE avait permis d’asseoir une librairie de cause à effet sur les pertes non techniques, afin de trouver les solutions idoines pour mieux les circonscrire. Dans le temps, les agents de la CEET faisaient des visites inopinées dans les ménages pour ouvrir les compteurs et les contrôler. Au regard de l’ampleur des pertes, une structure de gestion dédiée du problème a été mise en place, dans une approche plus méthodique. « Au départ, nos compteurs étaient plaqués sur des planches en bois. Mais pour prévenir les pertes, nous avons adopté des coffrets qui sont scellés avec des plombs et avec la marque CEET. C’est pour dissuader les fraudes. Vous verrez qu’aujourd’hui, on utilise un autre type de disjoncteur. C’est le disjoncteur différentiel, sensible. Quand quelqu’un touche au fil, le disjoncteur tombe. Pour le côté process de la relève et facturation, nous avons déjà injecté dans nos packs, les compteurs à prépaiement. Techniquement, ils sont fiables et nous allons passer à la vulgarisation de ce compteur. Avec ce compteur, le risque qu’on manipule les index sur les compteurs est éliminé. Le Togo a réduit de moitié son taux de perte. Il y a une tendance à la baisse et il faut tout faire pour maintenir cette tendance. Les toiles d’araignée que nous constatons aujourd’hui relancent ce problème de pertes. La CEET a décidé de remettre ces clients sur le réseau normal. Tout ceci rentre dans le combat. Mais je demande à tout client d’éviter toute proposition liée à la réduction des factures d’énergie électrique par le truchement du compteur. Vous risquez des pénalités. Si un agent vous fait cette proposition, appeler immédiatement le service commercial. La CEET a une structure qui conseille le client au niveau de l’efficacité énergétique. C’est pour aider le client à réduire sa consommation électrique », a précisé le Directeur général de la CEET.

Vingt-sept (27) ans plus tard, avec les efforts conjugués et la rigueur dans le suivi, le Togo est à un taux de perte de 16% sur l’exercice 2016. Un exploit. Mais la CEET ne dort pas sur ses lauriers. Elle continue de rechercher les moyens pour mieux contrôler le problème, afin d’en minimiser l’impact sur la rentabilité du système de distribution.

L’importance de la question

« Les pertes d’énergie, c’est ce que nous n’arrivons pas à quantifier entre l’énergie que nous injectons sur le réseau et l’énergie que les consommateurs sont supposés consommée. C’est le différentiel entre l’énergie qui entre et l’énergie qui est utilisée. Ces pertes constituent un vrai souci pour les sociétés de distribution. Ces sociétés fondent leur équilibre financier sur la vente de l’énergie et payent l’énergie qu’elles approvisionnent. Comme tout commerçant, les pertes qu’on n’arrive pas à quantifier sont répercutées sur le tarif. Donc nous risquons de vendre chère notre énergie et nous violerons ainsi la règle de service public. Ou bien nous accusons une perte au niveau des bilans si cette énergie n’est pas récupérée quelque part », a déclaré Paul Mawusi KAKATSI. « On distingue les pertes techniques qui sont plus faciles à maîtriser, parce qu’elles proviennent des consommations des appareils comme les transformateurs, les échauffements des câbles, et techniquement. On peut mieux maîtriser ces pertes. Il faut voir également les pertes commerciales. C’est là où les choses deviennent compliquées. A ce niveau, il faut distinguer les pertes au niveau du process de facturation. C’est un process qui fait intervenir les hommes. Les erreurs, les anomalies peuvent perturber le bilan énergétique. Et ce qui est notre bête noire, c’est les fraudes au niveau des clients. Certaines personnes savent aujourd’hui comment subtiliser de l’énergie et rendre aveugles les compteurs. L’ensemble de ces pertes, quand elles atteignent un niveau insupportable, mettent en péril les sociétés d’énergie ou poussent ces sociétés à les répercuter sur les tarifs », a-t-il laissé entendre.

Le Directeur du Centre d’Information et de Coordination (CIC) du WAPP, Baba Tundé Adeyemi a signalé que la rencontre de Lomé fait suite à celle d’Abidjan et va consister à formaliser les échanges. Il ne souhaite pas qu’une seule des sociétés de distribution reste en rade.

Même son de cloche au niveau de la GIZ (Coopération Allemande) où son représentant, Polycarpe Gbédji, après avoir félicité le CICI du WAPP pour l’initiative, a fait savoir que l’atelier s’apparente à une transition entre le programme actuel au cours duquel les causes des pertes dans les réseaux de distribution et les solutions correspondantes ont été identifiées, et le nouveau programme qui commencera dès le début de l’année prochaine.

Au cours de ce deuxième programme, l’accent sera mis sur la mise en œuvre et le suivi des solutions de lutte contre les pertes de distribution. L’objectif principal de ce deuxième programme est d’aider chacune des sociétés de distribution à mieux se préparer à entrer sur le marché régional de l’électricité, et surtout à y rester et à participer pleinement à son expansion. Le souhait est qu’aucune des sociétés ne reste en rade et que ce marché régional de l’électricité soit un instrument d’intégration économique et social des pays de la sous-région.