Interview du Directeur Général de la CEET

Paul Mawusi Kakatsi : « La CEET se prépare à partir de 2017 à inverser son système de collecte des revenus de l’énergie post-payée à l’énergie prépayée »

Paul Mawusi Kakatsi, Directeur général de la Compagnie Energie Electrique du Togo (CEET), explique qu’il est prévu de sécuriser à court terme l’offre en énergie électrique par une extension de la capacité thermique actuelle, qui passera de 100 à 200 voire 250 MW. Ingénieur électromécanicien de formation, Paul Mawusi Kakatsi est diplômé de l’École supérieure interafricaine de l’électricité (ESIE) de Bingerville en Côte d’Ivoire. Depuis 1985, il a occupé diverses fonctions au sein de la CEET et a pratiqué l’ensemble des métiers. Sa grande maîtrise des activités de distribution et d’exploitation, dont il a la responsabilité de 1995 à2006, puis la prise en charge de la planification de 2006 à 2009 lui donnent une vision d’ensemble du secteur. Ce bagage l’amènera à diriger l’entreprise une première fois de 2009 à2011 et à lancer le premier Contrat de performance souscrit par la CEET auprès de l’État et des institutions de Breton Wood. Il fera ensuite un passage au ministère des Mines et de l’Énergie en qualité de conseiller en énergie auprès du ministre. Depuis le 16 février 2016, il est nommé à nouveau directeur général de la CEET. Dans sa vision globale, il envisage d’accroître l’accès des populations à l’énergie. À 55 ans, le nouveau directeur général affiche clairement son ambition de donner un coup de neuf à la société en révisant le système de collecte des revenus et en modernisant la gestion technique des infrastructures, le tout adossé à l’innovation et à la convergence numérique des différents plateaux techniques.

À votre retour à la tête de la CEET au début d’année, quelles ont été vos premières décisions managériales pour prendre vos marques avec votre nouvelle équipe ?

Nous avons procédé à la revue de l’existant dans les segments liés respectivement au métier et aux ressources financières et humaines, à la prise de mesures correctives d’urgence pour sécuriser les acquis positifs et recadrer les activités qui semblent dériver, au renforcement de la sécurité énergétique nationale et communautaire Togo-Bénin par l’engagement d’apurer en urgence les stocks d’arriérés vis-à-vis de notre fournisseur principal, la Communauté Électrique du Bénin (CEB), et enfin à la préparation de la relance par l’élaboration d’un plan stratégique de développement sur les moyen et long termes fortement axé sur la problématique d’accès à l’énergie pour tous et d’amélioration de la collecte des revenus auprès de la clientèle.

Par rapport à ses voisins le Ghana et le Bénin, où en est le Togo sur la question du délestage ?

L’équilibre entre l’offre et la demande est obtenu à un coût soutenable par l’approvisionnement auprès de la CEB de l’énergie importée des pays voisins ou produite dans le périmètre communautaire Togo-Bénin, l’achat auprès du producteur indépendant d’énergie Contour Global opérant depuis 2010 et les capacités de production propres de la Compagnie. Cette combinaison nous permet d’éviter le délestage. Toutefois, un renforcement de la capacité de production dans le moyen terme est absolument nécessaire.

Qu’en est-il du taux de couverture ?

Le taux de couverture a progressé sensiblement et se trouve à 32 % en moyenne, mais demeure toujours bas dans les zones rurales, où cet indicateur ne dépasse guère les 5 %.

Quels ont été les engagements de la CEET pour le renforcement et l’extension du réseau ? Par ailleurs, quels sont ses choix stratégiques vis-à-vis des énergies renouvelables ?

Au registre des investissements, la CEET a immédiatement opté pour le démantèlement des réseaux illicites, communément appelés réseau en toile d’araignée, apparus depuis quelques décennies dans les quartiers périurbains des principales villes du Togo.

Ce phénomène a pris de l’ampleur avec l’insuffisance des investissements dans les infrastructures de réseau. Avec l’appui du gouvernement, la société a tout un programme à l’échelle nationale pour la mise en conformité et la sécurisation de ces installations ainsi que pour accorder des facilités aux populations concernées pour l’accès à l’énergie. La CEET envisage les énergies renouvelables comme une solution de l’avenir pour obtenir une énergie propre. Et plus précisément l’énergie solaire, excellente alternative pour atteindre les zones rurales qui sont hors réseau. Toutefois, elle entend rester dans sa mission et venir éventuellement en appui à l’Agence togolaise d’électrification rurale et de l’énergie renouvelable, qui a plutôt la prérogative de déployer cette solution dans les zones non couvertes par le réseau national.

L’objectif des pouvoirs publics togolais était de faire passer la capacité de génération de l’électricité de 161 MW en 2010 à au moins 300 MW en 2015 et 500 MW en 2020. Quelle stratégie a été mise en place pour atteindre ces objectifs ?

Cet objectif a glissé par rapport au contexte énergétique national et sous-régional. Il est prévu de sécuriser dans le court terme l’offre en énergie électrique par une extension de la capacité thermique actuelle pour passer de100 à 200 voire 250 MW, mais aussi de contribuer au sein des institutions sous-régionales en charge de l’énergie à l’émergence d’un marché énergétique sous-régional à travers les projets d’interconnexion. Il faut également attaquer la transition vers les énergies renouvelables sur le moyen et le long terme par la mise en valeur du potentiel hydroélectrique national et le déploiement des sources photovoltaïques dans les zones rurales éloignées du réseau.

L’introduction par la CEET d’un système original pour les particuliers, le compteur prépayé, a-t-il permis aux ménages modestes de mieux s’acquitter de leurs factures d’énergie ?

La CEET se prépare à partir de 2017 à inverser son système de collecte des revenus de l’énergie post-payée à l’énergie prépayée. Ce virage a été motivé par la prise en compte des capacités de paiement des ménages modestes, qui peuvent s’approvisionner en énergie électrique au jour le jour. Cette orientation vise également certains locataires qui sont contraints à partager au forfait les dépenses énergétiques avec les propriétaires, pratique qui suscite beaucoup de frustrations. Enfin, cette orientation va mettre finau mode de recouvrement basé sur la contrainte d’interrompre la fourniture d’énergie auclient, ce qui dégrade fortement la relation commerciale. Toutes les dispositions sont entrain d’être prises pour que les opérations débutent selon les calendriers annoncés.

En termes de recettes, quelle sera la situation de la CEET sur l’exercice 2016 ? Par ailleurs, quelle solution a été adoptée par votre conseil d’administration pour apurer la dette de l’entreprise ?

Pour l’exercice 2016, nous avons réussi à obtenir un équilibre financier. Les organes de gestion de la CEET considèrent que le préalable pour la sécurisation énergétique dans le secteur communautaire Togo- Bénin est l’acquittement à date de leur facture auprès des structures d’approvisionnement. À la date actuelle, la CEET a apuré plus de 80 %de sa dette vis-à-vis de la CEB, en plus du paiement régulier des factures courantes.

(Source : Marchés Africains N° 51)

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